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Paysans, pas si bêtes

Ecrit par Paul
Paysans, pas si bêtes

La colère des agriculteurs face à une crise sans précédent s’est matérialisée par d’importantes manifestations dans toute la France. Les prix ne couvrent plus les coûts de production, alors même que les charges et les normes sont en croissance constante.

Le problème est d’abord conjoncturel et plusieurs phénomènes concourent à la fragilisation du secteur. La réforme de la PAC a mis fin aux prix administrés, ce qui a conduit indubitablement à une instabilité et à une volatilité des prix. La sécheresse ensuite a engagée des surcouts évidents pour les agriculteurs. L’embargo sur la Russie enfin a des effets directs et indirects sur nos exportations agricoles. L’absence de l’Europe sur ce marché favorise l’autosuffisance russe et la perte irrémédiable de parts de marché.


Face à ces urgences, il faut répondre rapidement et efficacement avec un rééchelonnement des dettes qui permettrait redonner du souffle aux agriculteurs. Le plan de soutien à l’élevage du Gouvernement offre a cet égard de petits gestes aux agriculteurs mais n’est pas suffisant. Il faut ensuite répondre à cette crise avec une prévention des risques de sécheresse. Il faut enfin lever l’embargo Russe, d’autant plus dans un contexte d’apaisement en Ukraine.


Mais la crise que connait l’agriculture est surtout structurelle. Les coûts trop différenciés de main d’œuvre mènent à une concurrence déloyale notamment permise par la « directive détachement des travailleurs » qui permet d’appliquer les cotisations sociales du pays d’origine. Les mesures à outrances engagées par des fonctionnaires déconnectés de toutes réalités mènent ensuite à un excès de normes. À titre d’exemple, les délais exigés pour la déclaration de mouvement de bête (7 jours) sont trop courts et concrètement inapplicables.

Ces difficultés nécessitent des réponses de fond et de long terme.

Le premier enjeu, c’est la baisse du coût du travail. Il faut aller beaucoup plus loin et poursuivre les allègements sur les bas salaires en complétant les allègements Fillon tout en harmonisant les législations européennes. Outre un renforcement des contrôles, la première mesure à prendre consiste à supprimer le dispositif qui permet à une entreprise de détacher des travailleurs et de payer les cotisations sociales du pays d’origine.


Le deuxième enjeu, c’est la réduction drastique des normes. A l’instar de la directive nitrate qui doit s’adapter aux contextes locaux, il faut supprimer les normes inadaptées qui asphyxient les agriculteurs.


Le troisième enjeu est de redonner un pouvoir de négociation aux agriculteurs. Ils doivent pouvoir se rassembler en structures coopératives grâce à un principe de contractualisation afin de peser dans le débat face aux abattoirs et aux grandes surfaces et éviter ainsi l’instauration de marges abusives.


Le quatrième enjeu est la réorientation des aides de la PAC vers le type d’agriculture qui nous est bénéfique. Il faut majorer les aides sur les 30 premiers hectares afin de favoriser les petites et moyennes exploitations, qui emploient plus. Il faudra également obtenir la possibilité de mieux rémunérer l’agriculture biologique, les secteurs en difficultés, et les exploitations situées dans des zones pleines de contraintes naturelles.


Enfin, Les collectivités locales doivent venir en aide à ce secteur en ajoutant le critère de proximité dans la commande publique. En plus de favoriser les produits locaux, la protection de l’environnement serait assurée par la réduction des transports de marchandises.


Notre objectif à long terme doit être de retrouver une compétitivité hors-prix et de favoriser la qualité de notre agriculture pour concurrencer les bas coûts de l’Allemagne et de l’Espagne. Il faut tendre vers l’agriculture paysanne, écologiquement soutenable et avec des productions de qualité.

Comment assurer une agriculture économiquement et écologiquement viable ?

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